Song of Hope
Florence PRICE
1887-1953
Cette compositrice afro-américaine, née en 1887 à Little Rock (Arkansas), fut pourtant à son époque une musicienne reconnue et même la première femme noire à faire des études musicales avancées et à composer des symphonies. Après des études au New England Conservatory de Boston en orgue et en composition, Price s’installe brièvement à Atlanta, puis retourne à Little Rock au moment où elle épouse l’avocat Thomas J. Price. La ségrégation et les tensions raciales qui sévissent dans la ville forcent le couple à déménager à Chicago en 1926, suivant en cela la Grande Migration de milliers de familles noires du Sud vers les états du Nord. La « ville des vents » est alors en pleine ébullition, notamment grâce à la Chicago Black Renaissance, un mouvement d’émancipation associé à la gauche et aux milieux ouvriers, qui inspire un grand nombre d’écrivain.e.s, d’artistes et de musicien.ne.s. C’est dans ce contexte qu’elle connaîtra ses premiers succès et exercera une activité professionnelle prolifique.
Lauréate de bourses de la Fondation Wanamaker pour sa Sonate pour piano et sa Symphonie en mi mineur, Florence Price brise les barrières lorsque sa première symphonie est créée en 1933 par l’Orchestre de Chicago, dirigé par Frederick Stock. Au cours de sa vie, elle compose plus de 300 œuvres, parmi lesquelles un grand nombre de pièces pour piano, pour orgue, de la musique de chambre, quatre symphonies et quatre concertos. Ses mélodies et ses arrangements de spirituals sont interprétés par des cantatrices réputées, dont Marian Anderson et Leontyne Price. Florence Price meurt en 1953 et tombe rapidement dans l’oubli. Une grande partie de sa musique est perdue. Bien que son nom soit étroitement lié à la vie musicale de Chicago, il faut attendre 2009 pour que son nom réapparaisse, à l’occasion d’une découverte majeure : dans sa maison abandonnée, on découvre de nombreux manuscrits, dont celui de Song of Hope, qui ouvre le programme de ce concert.
Composé en 1930 d’après un poème original, Song of Hope (« Chant d’espoir ») est écrit pour chœur, solistes et orchestre. L’œuvre est animée d’une ferveur religieuse proche de l’invocation, comme en témoigne son texte strophique. Son langage harmonique est nettement issu du romantisme (on pense à Brahms ou à Dvořák), avec de fortes influences afro-américaines. Florence Price n’entendit jamais l’œuvre de son vivant, elle ne fut jouée qu’en 2022 lors d’un concert au Ithaca College (NY).
© François Zeitouni, 2026