Shpiming Nangokaa (première mondiale, commande de l’OM)
ASSIGINAAK
Fascinée dès l’enfance par les musiques traditionnelles des Anichinabés, elle reçoit une formation classique à l’Université de Toronto, à la Hochschule für Musik de Munich et au Centre Acanthes (France). Fille et petite-fille de survivants des pensionnats autochtones, la compositrice, qui a participé à la Commission de vérité et réconciliation du Canada, se nourrit de l’histoire et de la culture des Premières Nations dans son œuvre. Elle s’inspire tout autant de la nature qui est au cœur de ses préoccupations environnementales et de ses engagements.
Shpiming Nangokaa (Haut dans le ciel, il y a beaucoup d’étoiles), présentée en première mondiale, est une commande de l’Orchestre Métropolitain.
Découvrez cette œuvre à travers le regard de la compositrice.
Lorsque le ciel est dégagé la nuit, au fil des lunes et des saisons changeantes, nous pouvons voir une multitude d’êtres stellaires nous éclairer de leur lumière directrice. Contempler le ciel nocturne me fascine depuis mon plus jeune âge. Cela m’a fait réaliser que nous ne sommes pas seuls, que nous sommes toujours surveillés et que les êtres stellaires nous transmettent d’importants messages de vie.
Nos ancêtres levaient sans cesse les yeux vers le ciel pour savoir quand chasser, quand cueillir la nourriture et les plantes médicinales, comment connaître les doodemag (clans), comment honorer et respecter Shkakmigkwe (la Terre Mère) et comment se respecter ensemble. Nos Aînés nous enseignent également que nous venons du royaume des étoiles et que nous y retournons après cette vie terrestre. Cette manière de comprendre le monde nous rappelle que nos proches sont toujours avec nous, vivant dans un autre monde au-dessus de nous.
Cette œuvre orchestrale couvre le cycle des saisons, du printemps à l’hiver, en passant par l’été et l’automne. Les étoiles incarnent des voix chantantes : nangoonse (petite étoile) ouvre l’œuvre par un chant auquel se joint le chœur des autres êtres stellaires. Certaines étoiles naissent et sont accueillies par la voix terrestre de Mindemoyenh (la Vieille Femme), qui chante une berceuse. D’autres étoiles s’effondrent pour laisser place à la formation de nouvelles étoiles. Baashkanang/Gwiingwa (étoile filante ou météore) traverse le ciel, ses longues traînées dessinant un parcours éphémère à travers le cosmos. D’autres étoiles revêtent plusieurs formes, comme Ningabii-nang-kwe (Femme de l’Étoile du Soir), qui devient Waaban-nang (Étoile du Matin) avec l’arrivée de l’aube. Elle est également connue sous le nom de Ikwe-nang (Étoile Femme, appelée Vénus dans les cultures occidentales), car elle guide et protège les femmes.
Chez les Anichinabés, l’âge d’une personne dans le monde physique se mesure au nombre d’hivers qu’elle a traversés. Nous suivons un calendrier lunaire de treize lunes, semblables aux treize plaques de la carapace de la tortue, entourées de 28 écailles qui les représentent les jours entre chaque lune, que nous appelons Nokoomis, notre grand-mère. Les nombreuses étoiles (nangokaa) nous guident tout au long de notre vie jusqu’à notre retour dans les cieux (shpiming), où nos ancêtres nous attendent. Un voile ténu sépare la vie sur terre de la vie dans le ciel nocturne, chacune reflétant l’autre. Au cœur de l’obscurité, nous trouvons la lumière porteuse d’espoir et de conseil.
Cette œuvre honore la mémoire de Gete-Miskwaadesi (Vieille Tortue Peinte), un membre cher de la famille, décédé tragiquement trop jeune en 2024. Nous continuons de rechercher justice pour ses souffrances et sa mort prématurée, mais nous savons aussi que son esprit veille désormais sur nous depuis le monde céleste.
© Barbara Assiginaak