Concerto pour piano n° 1

CHOSTAKOVITCH

Dmitri Chostakovitch est certainement l’un des compositeurs dont l’œuvre est la plus imprégnée des bouleversements sociaux et politiques qu’a connus la Russie au XXe siècle, et dont la vie personnelle a été la plus meurtrie – autant dire brisée – par ceux-ci. Pourtant, les années entourant la composition du Concerto pour piano no 1 comptent parmi les plus sereines de son existence.    

Au début des années 1930, Staline dirige l’Union soviétique d’une main de fer depuis près d’une décennie, mais la vie du jeune Chostakovitch n’en a pas encore été grandement affectée. Tant au pays qu’à l’international, il jouit d’une notoriété grandissante – notamment grâce à l’accueil particulièrement favorable de sa première symphonie – et donne libre cours à ses idées créatrices. Il épouse en 1932 la physicienne Nina Varzar et termine la composition de son ambitieux opéra Lady Macbeth, qui va connaître un immense succès jusqu’à sa disgrâce en 1936. En 1933, souhaitant accorder davantage de place à sa carrière pianistique, il compose simultanément ses 24 Préludes et son Concerto pour piano no 1. 

À travers ce concerto, il est possible de percevoir l’influence qu’ont exercée sur Chostakovitch ses années comme accompagnateur de films muets et son travail pour le théâtre : sa nouvelle œuvre est étonnante et éclectique, virtuose et contrastée, comique et parodique. Elle accorde aussi une place importante à la trompette, comme instrument soliste. Facétieux dès les toutes premières notes de trompette en sourdine, l’Allegretto fait alterner un thème mélancolique avec un autre beaucoup plus dansant et mordant. Le Lento qui suit prend la forme d’une valse contemplative, qui n’est pas sans rappeler le mouvement central du Concerto en sol de Ravel. Le Moderato fait quant à lui office de bref interlude avant l’Allegro con brio final. Ce quatrième mouvement fait preuve d’un humour satirique et persifleur, marqué notamment par des citations de Haydn et de Beethoven. Le rondo « Colère pour un sou perdu » de celui-ci fait office de cadence frénétique, avant que l’orchestre ne revienne pour une finale à couper le souffle, la trompette tel un cavalier galopant jusqu’au dernier coup de baguette. L’œuvre est créé le 15 octobre 1933 à Leningrad, avec Chostakovitch au piano. 

© Gabriel Paquin-Buki