Symphonie n° 2 « Les Quatre Tempéraments »

Carl NIELSEN

1865-1931

Les deux hommes composent d’ailleurs leurs symphonies respectives aux mêmes époques.

Composée en 1901-1902, sa Symphonie n° 2 « Les Quatre Tempéraments » naît d’une source d’inspiration assez inattendue, comme le raconte le compositeur lui-même : assis dans une auberge campagnarde dans l’île de Seeland où il savoure un verre de bière en compagnie de sa femme et de quelques amis, il remarque une toile représentant les quatre tempéraments. Issu de la théorie des humeurs, telle que décrite par Hippocrate dans son ouvrage De la nature de l’homme, le concept des tempéraments traverse l’histoire de la médecine et de la psychologie avant d’être peu à peu abandonné avec les avancées de la science. Amusé par l’aspect caricatural et même grotesque de ces images, Nielsen a l’idée d’une symphonie dont les quatre mouvements illustreraient ces tempéraments. Créée le 1er décembre 1902 à Copenhague sous sa direction, l’œuvre est dédiée au grand pianiste et compositeur Ferruccio Busoni, chef de file de l’avant-garde de l’époque.

Marqué Allegro collerico, le premier mouvement dépeint le colérique : très marqué rythmiquement, son caractère est emporté, impétueux, et sa conclusion est véhémente. C’est par une valse (Allegro comodo e flemmatico) que Nielsen dépeint le flegmatique, tel un jeune homme indolent qui se prélasse dans le port au bord de l’eau. Dans l’Andante malincolico, c’est l’image du mélancolique qui est dépeinte. Le mouvement a par endroits des allures de marche funèbre ou d’hymne religieux d’où se détachent des mélodies plaintives, jouées notamment au hautbois et au cor anglais. Un Allegro sanguineo martial termine la symphonie. Le sanguin, que Nielsen décrit comme « un homme qui avance sans réfléchir en croyant que le monde entier lui appartient » est illustré par une grande activité orchestrale qui semble aller dans toutes les directions. Des accords secs et répétés suggèrent que le personnage est effrayé momentanément, mais sa nature superficielle reprend le dessus, et c’est de manière joyeuse et emportée que le mouvement s’achève.

© François Zeitouni, 2026