Symphonie de la forêt
Rita STROHL
1865-1941
Admise à 13 ans au Conservatoire de musique de Paris, elle ne fait qu’un court séjour dans cette institution, n’appréciant pas le formalisme et la rigidité qui y règnent. C’est avec des professeurs particuliers qu’elle se forme à l’harmonie et à la composition. Très personnel, son langage semble avoir été influencé en partie par le style de César Franck, quoique les élans modernistes de la compositrice la fassent souvent rejoindre les impressionnistes.
Les premières diffusions publiques de ses œuvres ont lieu en 1884 avec la présentation de son Trio avec piano à la Société Nationale par Camille Saint-Saëns lui-même. L’année suivante, sa Messe à six voix, orchestre et orgue est donnée à Paris, Rennes et Chartres. À la même époque, elle compose une symphonie dramatique sur Jeanne d’Arc pour orchestre, chœurs et soli. En 1888, elle épouse Émile Strohl, un officier de marine, dont elle conserve le nom, puis en deuxièmes noces le maître verrier Richard Burgsthal. C’est avec ce dernier et avec l’appui de souscripteurs qu’elle fonde en 1912 le théâtre de La Grange, où elle monte ses ouvrages lyriques imprégnés de mysticisme et de symbolisme, deux courants en vogue à l’époque. S’ajoutent à cela d’autres influences religieuses, par exemple des cycles hindou et celtique, et même une certaine forme de panthéisme, comme dans la Symphonie de la forêt et la Symphonie de la mer.
Strohl laisse un imposant catalogue d’œuvres pour orchestre, de musique de chambre, de la musique de piano et des mélodies. De son vivant, elle reçoit non seulement les encouragements mais aussi l’estime de plusieurs contemporains illustres, tels que Saint-Saëns, Chausson, d’Indy et Fauré. Pourtant, sa condition de femme, son indépendance d’esprit (notamment à l’égard du milieu musical et des salons parisiens) et une mauvaise diffusion de sa musique semblent avoir été à l’origine d’un isolement grandissant. Après s’être retirée en Provence en 1930, elle meurt en 1941, complètement oubliée.
Composée en 1901, la Symphonie de la forêt frappe par ses proportions monumentales et la richesse de son inspiration qui la rapprochent du poème symphonique. Sans comporter de programme distinct, la musique reste très évocatrice, parfois descriptive, à la manière des impressionnistes, et atteint une force expressive assez surprenante pour l’époque. Enveloppé de mystère, L’Étang évoque, grâce à une riche palette orchestrale et des harmonies debussystes, les murmures de la forêt. Dans L’Âme en peine, la lourdeur des émotions est suggérée par une atmosphère dense et des harmonies nettement héritées de Wagner et Franck, qui donnent au mouvement une intensité étonnante. Quasi miniature, la Marche funèbre d’un scarabée est d’un caractère pastoral, nettement illustré par la présence des bois de l’orchestre. Son aspect énigmatique est renforcé par le thème du Dies irae (hymne des défunts datant du Moyen Âge), répété à plusieurs reprises sous divers habillages. Enfin, Chasse à l’aurore – Aurore et lever de soleil évoque une chasse matinale : avec les sonneries lointaines de cors, suivies du galop des chevaux, le mouvement prend l’allure d’une intense chevauchée. Le lever du jour donne lieu à un immense crescendo, où se déploient une puissance et une splendeur orchestrales résolument modernes. Cyclique, la symphonie termine en citant de nouveau le matériel mélodique du premier mouvement.
© François Zeitouni, 2026