Ouverture en ré mineur
Dora PEJAČEVIĆ
1885-1923
La compositrice naît en 1885 à Budapest, dans un milieu aristocratique et cultivé représentatif d’une certaine élite austro-hongroise de l’époque, à l’image de celle qu’a pu décrire l’écrivain Stefan Zweig dans ses souvenirs. Après des débuts au piano, elle commence à composer à l’âge de 12 ans et étudie par la suite à Dresde et à Munich. En grande partie autodidacte, elle forge sa personnalité au contact de grandes personnalités littéraires et artistiques de l’époque dont Rainer Maria Rilke. Avide lectrice, elle porte entre autres un grand intérêt aux enjeux sociaux de son époque. Pejačević réside dans le domaine familial de Našice, mais effectue de nombreux séjours dans les grandes capitales, notamment Budapest, Vienne et Munich, où elle s’établit après son mariage avec Ottomar Lümbe et où elle meurt, en 1923, peu après la naissance de leur fils.
Fréquemment jouée de son vivant par des interprètes de renom, chez elle comme à l’étranger, Pejačević laisse un catalogue de 58 opus, parmi lesquels un grand nombre d’œuvres pour piano, de musique de chambre, des mélodies et quelques pièces orchestrales. D’un romantisme tardif, marqué par le wagnérisme, l’impressionnisme et l’expressionnisme, le style de Pejačević épouse les courants musicaux de l’époque. D’une nature hypersensible, la compositrice veut traduire par la musique ses sentiments les plus intimes, composant parfois dans un état de « transe » (selon ses propres mots).
Elle compose son Ouverture en ré mineur en 1919 dans un style énergique, voire tourmenté, rappelant certaines pages de Strauss ou de Mahler. L’œuvre est traversée par un souffle héroïque que viennent très brièvement interrompre quelques épisodes plus paisibles.
© François Zeitouni, 2026