Le Rêve de Cléopâtre
Mel BONIS
1858-1937
Née en 1858, cette Française est l’une des premières femmes à être admise dans les classes de compositions du Conservatoire de Paris. Elle y reçoit l’enseignement de maîtres tels que César Franck, Jules Massenet et Ernest Guiraud, qui sont unanimes à louer son talent. Pourtant, en 1881, elle interrompt ses études et quitte le Conservatoire. Sa famille s’oppose à l’idylle qu’elle y a nouée avec le poète et chanteur Amédée-Louis Hettich et veut les séparer. Un mariage plus « convenable » est organisé avec le riche industriel Albert Domange, lui-même veuf deux fois et père de plusieurs enfants. Cette union procure à Bonis la sécurité d’un foyer bourgeois au sein duquel elle conjugue la vie de famille et ses activités créatrices, qu’elle doit toutefois mettre en sourdine pendant plusieurs années.
Compositrice prolifique, Mel Bonis laisse un catalogue de près de 200 œuvres, parmi lesquelles on retrouve des pièces pour piano (son instrument de prédilection), de la musique de chambre, d’orgue ainsi que des pièces vocales, religieuses et profanes. La musique orchestrale arrive plus tard dans sa production. En effet, elle n’avait pas abordé cette discipline lors de ses études, et c’est auprès de Charles Koechlin, un maître de l’orchestre, qu’elle se perfectionne dans cet art. Elle meurt à Paris en 1937.
Le Rêve de Cléopâtre est composé en 1909. L’œuvre fait partie d’un triptyque orchestral intitulé Trois femmes de légende, faisant lui-même partie d’un cycle plus vaste consacré aux héroïnes légendaires (Mélisande, Ophélie, Desdémone, Salomé…). Teinté d’orientalisme, à la fois rêveur et langoureux, il illustre de manière très personnelle le personnage et le destin tragique de la dernière reine d’Égypte, une héroïne propre à stimuler l’imagination de la compositrice.
© François Zeitouni