Concerto pour violoncelle

Antonín DVOŘÁK

1841-1904

Antonín Dvořák compose son Concerto pour violoncelle en si mineur en 1894-1895, alors qu'il séjourne aux États-Unis.

Le compositeur tchèque avait accepté en 1892 de diriger le National Conservatory of Music of America de New York. Son séjour de trois ans en Amérique est à l’origine de deux autres œuvres célèbres : la Symphonie no 9 « du Nouveau Monde » et le Quatuor à cordes no 12 « Américain ». Toutefois, si ces deux œuvres portent en elles certains échos de la musique américaine, le Concerto ne subit pas cette influence et tire son inspiration des racines européennes du compositeur, plus particulièrement de sa Bohème natale, qui lui manque beaucoup. 

Dvořák se serait montré réticent à écrire un tel concerto. Il considérait le violoncelle comme un instrument d’orchestre et n’était pas persuadé de ses qualités d’instrument soliste. Néanmoins, à la suite d’amicales pressions de ses proches, et surtout après avoir entendu à New York la création d’un concerto pour violoncelle du compositeur américain Victor Herbert (son collègue au Conservatoire), il se ravisa, se mit au travail et termina l’œuvre en seulement trois mois. Cette dernière devait subir certaines modifications lors du retour de Dvořák en Europe, notamment grâce aux suggestions de son ami, le grand violoncelliste Hanuš WihanLe Concerto fut créé à Londres en mars 1896 par Leo Stern, sous la direction du compositeur. Chaleureusement accueilli, il s’imposa rapidement comme l’un des concertos les plus prisés du répertoire. 

Comparé aux concertos pour piano et pour violon composés auparavant, celui pour violoncelle comporte un orchestre plus fourni et impliqué qui ne se contente plus d’accompagner, mais dialogue véritablement avec le soliste. Dvořák accorde également une importance particulière aux bois (flûtes, clarinettes, hautbois et bassons) qui, alliés à une forte présence des cors, confèrent à son œuvre une véritable couleur sylvestre. À un Allegro héroïque marqué par les plus grands contrastes succède un Adagio ma non troppo empreint d’un sentiment religieux où, là encore, le violoncelle dialogue avec intensité avec les bois. L’œuvre s’achève par un énergique Allegro moderato au caractère rhapsodique lors duquel le compositeur cite un de ses chants, « Puisse mon âme », discret et touchant hommage à sa belle-sœur Josefína Kounicová, récemment décédée, qui fut un amour de jeunesse.

© François Zeitouni, 2026