Les Planètes

Holst

1874 – 1934

Appartenant à la génération précédentede celle de Walton,Gustav Holst(1874-1934) fait lui aussi figure de pionnier, même s'ils'exprimedans une esthétique assez différente deson cadet.

Les Planètes est non seulement son œuvre la plus connue, mais également une de ses plus personnelles. Après avoir découvert un ouvrage de l’astrologue et ésotériste anglais Alan Leo, Holst se passionne pour l’astronomie au point d’imaginer une suite orchestrale dont les mouvements décriraient le caractère propre de chaque planète, comme une série de tableaux atmosphériques en contraste les uns avec les autres. La composition de l’œuvre s’échelonne de 1914 à 1917, pendant les rares moments libres dont dispose le compositeur, occupé à ses fonctions de directeur musical de la St Paul’s Girls’ School et du Morley College. La partition exige un orchestre considérable, dont un grand nombre de bois, de cuivres et de percussions, deux harpes, de même qu’un orgue et un célesta. L’œuvre est jouée une première fois le 29 septembre 1918 au Queen’s Hall lors d’un concert à caractère privé réunissant quelque 250 auditeurs. Elle est reprise de manière fragmentaire à quelques occasions avant une première exécution intégrale en novembre 1920 par le London Symphony Orchestra dirigé par Albert Coates.

« Mars, celui qui apporte la guerre » constitue une entrée en matière saisissante. Tout ici contribue à véhiculer un sentiment belliqueux : la répétition obsédante du même motif rythmique, des accords dissonants et une gradation dynamique allant de l’extrême douceur à la force la plus écrasante, qui donne l’impression de la marche d’une implacable et menaçante armée. Vénus, celle qui apporte la paix, y répond de manière apaisante et lumineuse : tout y est enveloppé de douceur et de bienveillance, du solo de cor initial auquel répondent les bois et le violon solo, à l’expressive intervention du hautbois dans la section centrale.

« Mercure, le messager ailé » est un intermède léger et aérien, où un orchestre tournoyant illustre à merveille l’activité incessante du messager des dieux – jusqu’au glockenspiel, dont les notes répétées semblent vouloir transmettre quelque communication télégraphique en code morse !

« Jupiter, celui qui apporte la gaieté » frappe dès les premières notes par son énergie et son exubérance. La musique prend rapidement des allures de fanfares, non exemptes d’une certaine pompe édouardienne. Dans la partie centrale, Holst expose une mélodie noble et solennelle, grandissant en crescendo, et devenue le célèbre hymne « I Vow to Thee, My Country ».

Le contraste est total avec « Saturne, celui qui apporte la vieillesse » : deux accords alternés suggérant le tic-tac d’une horloge constituent un fond sonore sur lequel une marche lente s’amplifie avant d’éclater dans un grand carillon, puis de s’éteindre peu à peu dans le recueillement.

« Uranus, le magicien » débute par quatre notes tenues aux cuivres, un motif omniprésent qui se mêlera au thème principal, énoncé par le basson. S’ensuit une danse ensorcelante proche de l’esprit de L’Apprenti sorcier de Paul Dukas.

La suite se conclut par « Neptune, le mystique », un morceau énigmatique rempli de sonorités étranges et mystérieuses. Reposant sur l’alternance de deux accords tenus, il oppose les sonorités graves des cuivres et celles aiguës des harpes et du célesta. Un nouveau motif ascendant introduit un chœur invisible de voix de femmes. L’atmosphère éthérée induit un état quasi hypnotique, alors que les sonorités se dissolvent dans l’immensité de l’espace.

© François Zeitouni
Août 2026