Petite suite pour petit orchestre

Germaine Tailleferre

1892 –1983

« Quelquefois, on me compare aux petits maîtres du XVIIIe siècle, ce dont je suis très fière. » – Germaine Tailleferre

Le père de Germaine Tailleferre déclarait à qui voulait l’entendre : « Pour ma fille, être au Conservatoire ou faire le trottoir, c’est la même chose! » Mais, après avoir reçu de sa mère ses premières leçons de piano, l’adolescente, têtue, effectue en secret ses études musicales à l’institution parisienne. Ses premières compositions l’amènent à fréquenter les milieux artistiques et littéraires du Paris de l’entre-deux-guerres, période effervescente s’il en est. Elle côtoie notamment Satie, Milhaud, qui la prend sous son aile, et Stravinski, qu’elle vénèrera toute sa vie. En 1920, elle fait partie du Groupe des Six, avec Milhaud, Auric, Durey, Honegger et Poulenc, unis, au-delà de leurs différences, par « un nouveau besoin d’objectivité et de classicisme, avec l’humour et l’ironie comme antidote au pathétique wagnérien et au flou impressionniste » (Romain Goldron).

Malgré ses problèmes matériels et une vie sentimentale difficile, Tailleferre nous laisse une musique pleine de charme, « sans prétention et d’une sincérité des plus attachantes » (Darius Milhaud). Sous l’influence de Ravel, auprès de qui elle avait perfectionné son écriture orchestrale, elle donne dans sa Petite Suite pour orchestre une large place aux vents et recourt à des sonorités rares, harpe, célesta, xylophone et trompette bouchée. Après une entrée qui rappelle Debussy, son Prélude danse sur une basse répétée dans une atmosphère rustique, le deuxième mouvement est une mystérieuse sicilienne et son finale orchestre joyeusement la chanson paillarde Sont les filles de La Rochelle, qu’ont armé un bâtiment, elles ont la cuisse légère…

© François Filiatrault 2022