Ouverture tragique
Johannes BRAHMS
1833-1897
Installé à Vienne depuis de nombreuses années, le compositeur fait figure de célébrité dans la capitale autrichienne, où on loue autant ses compositions que ses talents de pianiste et de chef. C’est à cette époque qu’il reçoit un doctorat honorifique de l’Université de Breslau, aujourd’hui Wrocław en Pologne, qui le consacre « premier maître de l’art musical strict en Allemagne ». En guise de remerciement, il écrit à l’été 1880 son Ouverture pour une fête académique, qu’il dirige lui-même lors de la remise du fameux diplôme. Empreinte d’une certaine solennité, elle est néanmoins joyeuse et incorpore plusieurs chansons à boire estudiantines de l’époque.
En cours d’écriture, Brahms a l’idée d’une autre ouverture dont le caractère serait à l’opposé de la première: plus sérieuse et structurée, bien qu’empreinte d’un souffle romantique. Ainsi naît l’Ouverture tragique, qui “pleure”, selon les mots de son auteur, alors que l’autre “rit”. L’œuvre est créée à Vienne le 26 décembre 1880 par le chef Hans Richter, un proche du compositeur. L’année suivante, Brahms dirige ses deux ouvertures lors d’un concert donné à Meiningen (centre de l’Allemagne).
Dès les deux premiers accords, le ton est donné avec une certaine véhémence, à la fois grave, lyrique et passionné. Le discours s’exprime à travers un moule assez classique proche d’un mouvement de sonate, où deux thèmes contrastés se côtoient : le thème principal en mineur, dont les deux accords viennent régulièrement ponctuer le discours, et un second en majeur, plus chaleureux. Imposante, l’œuvre conjugue avec bonheur grandeur architecturale et inspiration généreuse, deux caractéristiques marquantes du compositeur.
© François Zeitouni, 2026