Nunami nipiit (Échos de la terre) pour voix, chants de gorge, chœur et orchestre (orch. et arrangements F. Vallières, coarrangements et coécriture J.-S. Williams)

Elisapie

1977

Née à Salluit, à l’extrême nord du Québec sur le détroit d’Hudson, Elisapie Isaac est donnée en adoption par sa mère dès sa naissance, suivant en cela une coutume locale. À vingt-deux ans, elle gagne le sud, s’établissant à Montréal pour compléter ses études. Mais, longtemps et au plus profond, elle a vécu son départ comme une forme d’abandon et comme la source d’un sentiment d’incomplétude. Son quatrième disque, The Ballad of the Runaway Girl, paru en 2018, se présente comme « le conte musical d’une Inuk expatriée ». Ses onze chansons, en inuktitut, en anglais et en français, forment une trame poétique qui exprime son désir de réconciliation avec elle-même, en renouant avec sa mère naturelle, avec les siens et avec l’austère beauté du Nord.

De cette aventure de vie, transcendée par le geste artistique, Elisapie a choisi deux volets pour former Nunami nipiit, qu’on peut traduire par Échos de la terre ou Sons du territoire : Qanniuguma, sur des paroles de Susan et Etulu Aningmiuq, évoque l’errance, magnifiée par la poésie et sur un rythme infatigable, tandis qu’Una, sur un texte d’elle-même, déroule pour sa génitrice une complainte douce-amère qui touche par sa fragilité. François Vallières leur a conçu un écrin pour grand orchestre, avec chants de gorge. Nunami nipiit se divise en cinq sections enchaînées. L’orchestre, par endroit allégé, accompagne les chants d’Elisapie, dans l’esprit du minimalisme américain à la John Adams pour Qanniuguma et tout en expressivité pour Una, et se charge, sur un matériau mélodique fourni par Elisapie, de l’introduction, de la transition et de la conclusion, celle-ci sur la pointe des pieds. Une rencontre féconde entre univers culturels, par-delà temps et espace…

© François Filiatrault