Concierto de Aranjuez

Rodrigo

1901 – 1999

Principal représentant du courant néoclassique en Espagne, Joaquin Rodrigo naît en 1901 à Sagunto, près de Valence, et devient aveugle à l’âge de trois ans lors d’une épidémie de diphtérie. Après sa première formation musicale, il étudie à Paris avec Paul Dukas, côtoyant notamment Ravel et Manuel de Falla. Il reviendra durant les années 1930 dans la capitale française et il séjournera en Allemagne, en Suisse et en Autriche pendant la Guerre civile espagnole. En 1939, juste avant de rentrer définitivement dans son pays natal, il achève à Paris son œuvre la plus célèbre, son Concierto de Aranjuez, dont le titre se rapporte à une résidence d’été des rois d’Espagne au sud de Madrid, considérablement agrandie et dotée de beaux jardins au XVIIIe siècle.

Inspiré par « les fragrances des magnolias, le chant des oiseaux et le ruissellement des fontaines », Rodrigo renoue avec l’esprit de l’œuvre de Domenico Scarlatti, et il explique : « Debussy a qualifié un jour la guitare de clavecin expressif. Cela convient parfaitement à l’instrument espagnol, dernier survivant de notre luxuriante faune musicale ancienne. » D’entrée de jeu, la guitare affirme le rythme par des accords répétés en regroupements binaires et ternaires, et les cordes reprennent et développent le motif dans les coloris lumineux des vents. Suit un Adagio où le cor anglais déroule une poignante mélodie, accompagnée par la guitare, puis celle-ci la reprend en l’ornementant et la partage avec les autres pupitres jusqu’à une grande cadence. Enfin, dans l’Allegro gentile final, la guitare expose une danse, ou une chanson, en rondo et d’allure populaire, dans une tension rythmique mêlant binaire et ternaire, les cordes jouant staccato, jusqu’à une conclusion sur la pointe des pieds…

© François Filiatrault