Concerto pour piano nᵒ 3 en do majeur

Prokofiev

1891 – 1953

« Il reste encore tellement de merveilleuses choses à être écrites en do majeur. » – Sergueï Prokofiev

Que rêver de mieux pour un jeune musicien prodige qu’une mère pianiste, les encouragements familiaux et les visites fréquentes d’un compositeur émérite comme Reinhold Glière, qui témoignera n’avoir « jamais voulu tempérer son ardeur »? C’est ce dont bénéficia Sergueï Prokofiev à l’aube de son existence à Sontsivska, en Ukraine. L’académisme qui l’attendait au Conservatoire de Saint-Pétersbourg ne pouvait que le décevoir, malgré des maîtres comme Rimski-Korsakov ou Liadov, mais il y deviendra un pianiste exceptionnel, tout en développant un style de composition profondément original. Musicien indépendant, il cultive une manière « directe et franche, volontaire et naïve, impulsive aussi, souvent capricieuse et fantasque » (Vladimir Fedorov).

Prokofiev trace les premières esquisses de ce qui deviendra le troisième, et le plus populaire, de ses cinq Concertos pour piano dès 1913 et il le termine huit ans plus tard lors d’un séjour en Bretagne – le poète Constantin Belmont, à qui il en joue des extraits en cours de composition, déclara : « Le Scythe invincible frappe dans le tambourin du soleil ! » À cette époque, il avait quitté la Russie, en pleine révolution, et parcourait le monde comme concertiste virtuose, avec, de 1918 à 1922, les États-Unis comme port d’attache. À la création de son Troisième Concerto à Chicago en 1921, il constata : « Le public ne le comprit guère, mais le soutint tout de même. » La deuxième audition, à New York, fut un four, mais l’œuvre gagnera rapidement en popularité peu après, surtout en Europe.

Elle débute par un court Andante sur une mélodie mélancolique exposée aux clarinettes et qui peut se lire tant en majeur qu’en mineur. S’enchaîne un Allegro nerveux et plein de détermination. Après un deuxième thème à l’allure sarcastique, le piano reprend le motif initial, l’échange avec l’orchestre, puis renoue avec son énergie de départ. Le deuxième mouvement expose un thème « léger, énigmatique » (André Lischke), et le renouvelle constamment en cinq variations dévalant comme un feu roulant : « harmonisé dans le style de Gershwin », en un « mouvement ininterrompu avec des accents à contretemps et les deux mains jouant parallèlement », de façon méditative et chromatique… Puis, une « course vertigineuse d’arpèges qui parcourent tout le clavier » laisse place à une conclusion recueillie. L’Allegro ma non troppo final, dont le matériau avait été prévu en 1918 pour un quatuor à cordes, montre une « énergie frustre et populaire », où le rythme domine, avec un grand passage romantique et éploré en son centre.

© François Filiatrault 2022