Concerto pour piano nᵒ 3
Sergueï PROKOFIEV
1891-1953
Bien qu’il n’ait pas été composé dans le Nouveau Monde, c’est bien en Amérique (plus précisément à Chicago), en 1921, que Sergueï Prokofiev crée son Concerto pour piano no 3 en do majeur. Pianiste transcendant, le compositeur signe ici une œuvre à la hauteur de ses immenses moyens, dont l’enregistrement qu’il effectua à Londres en 1932 nous offre un éloquent témoignage.
Marqué Allegro, le premier mouvement débute par une introduction lente (Andante), portée par une mélodie jouée à la clarinette, puis développée par l’orchestre. Le tempo s’anime alors, les cordes amorçant une montée qui aboutit à l’entrée surprenante du piano. Ce dernier se fait brillant et virtuose dans un dialogue rempli d’exubérance avec l’orchestre. Une deuxième idée, énoncée par l’orchestre et commentée par le soliste, installe un climat sarcastique par ses dissonances et son rythme. Mais le tempo s’anime à nouveau alors que le soliste rivalise de traits périlleux. Cette section mène au retour du thème de l’introduction, cette fois repris dans la plénitude de l’orchestre, avant que le piano n’en fasse une magnifique ornementation. Les thèmes de la section rapide sont ensuite réexposés, quoique considérablement modifiés, avant qu’une vertigineuse coda ne conclue le mouvement avec emportement.
Fait rare dans un concerto, le mouvement central consiste en un thème et cinq variations. Énoncé par l’orchestre seul, le thème par son aspect dansant rappelle une gavotte*. Le piano le commente dans la première variation, accompagné d’harmonies différentes. Énergique, la deuxième variation voit le thème joué à la trompette alors que le piano, véloce, déploie des traits de gammes et d’octaves brisées. D’une grande vigueur rythmique, la troisième variation, avec ses accents déplacés, oppose soliste et orchestre. Un dialogue s’installe entre les deux lors de la quatrième variation, véritable sommet du mouvement, empreinte d’un caractère rêveur. L’ultime variation prend l’aspect d’une danse russe où le piano déploie une virtuosité impressionnante. Le mouvement se conclut par le retour du thème à l’orchestre que le piano accompagne.
Prokofiev décrit le dernier mouvement de son concerto comme « une dispute entre le piano et l’orchestre ». Le thème, à l’allure d’une danse un peu rustre, est d’abord énoncé aux bassons et aux cordes, que le piano interrompt. Il est ensuite développé par le soliste, dans un style martelé entrecoupé de traits aussi brefs que fulgurants. Une deuxième idée est ensuite énoncée par l’orchestre avec un lyrisme qui rappelle celui de Sergueï Rachmaninov, un autre grand pianiste russe au tempérament fort éloigné de celui de Prokofiev. Le piano y répond de manière narquoise et énigmatique avant de se lancer dans une grandiose amplification du thème lyrique. Le retour du thème principal va peu à peu transformer la dispute en lutte, dans une démonstration de haute voltige pianistique, qui mènera frénétiquement soliste et orchestre vers un tonitruant accord de do majeur.
© François Zeitouni, 2025