Concerto pour violon en la mineur

Glazounov

1865 – 1936

« On considère souvent ce concerto pour violon comme le plus lyrique après celui de Mendelssohn. » – Noel Goodwin

Né à Saint-Pétersbourg en 1865 dans une famille aisée, Alexandre Glazounov commence l’étude du piano à neuf ans et s’intéresse très tôt à la composition. Il ne s’inscrira cependant à aucun conservatoire, recevant à titre privé des leçons de Balakirev, puis de Rimski-Korsakov. À seize ans, il compose sa Première Symphonie et retient l’attention du riche mécène Mitrofane Beliaef, qui mettra les œuvres de chambre du jeune homme au programme de ses soirées musicales du vendredi, avant de lui confier la direction des Concerts symphoniques russes en 1888. Entretemps, Glazounov avait entrepris un long voyage en Europe de l’Ouest, où il avait rencontré quelques collègues, dont Liszt. À partir de 1899, il enseigne la composition et l’instrumentation au Conservatoire de Saint-Pétersbourg et il en devient le directeur six ans plus tard, poste qu’il gardera jusqu’en 1928. Il émigre alors en Occident, où il reçoit les plus hautes distinctions de diverses institutions musicales. Après quelques tournées, aux États-Unis notamment, il s’éteindra à Neuilly-sur-Seine en 1936.

« De son vivant l’une des grandes célébrités de la musique russe » (Romain Goldron) et laissant quelque 150 compositions, Glazounov déploie une technique orchestrale et un sens architectural exceptionnels. Très influencé par les postromantiques allemands, notamment Brahms et Richard Strauss, il délaisse le sentiment national russe cultivé par tant de ses compatriotes au profit d’un cosmopolitisme qui n’est pas étranger à son succès international. « Le caractère de sa musique réside plus dans l’esprit, dans la qualité du sentiment, que dans la matière thématique, rythmique ou instrumentale » (Henry Barraud), mais un certain académisme le fait ranger en marge des courants musicaux modernes de son temps.

Amorcé en 1904, son Concerto pour violon en la mineur, « œuvre d’un goût sûr », se déroule en sections enchaînées et thématiquement apparentées. Son début, au violon, expose dans le grave une ligne expressive pleine de chromatismes et « vaguement teintée d’éléments tziganes » (André Lischke), qui gagne en virtuosité, jusqu’à un deuxième thème plus serein. Après un passage agité, un Andante apporte une touche de lyrisme, avec une orchestration « très fine et claire » mais de plus en plus complexe, avant le retour du Moderato initial. Tout cela débouche sur une grande cadence remplie d’accords, de doubles cordes jouant mélodie et accompagnement, de trilles doubles et de pizzicatos à la main gauche, mais cette virtuosité est totalement assumée, « merveilleusement intégrée dans le plan d’ensemble » (Calum MacDonald). Puis éclate, par une sonnerie de triomphe aux cuivres, l’Allegro final en la majeur. Son rythme ternaire pointé et dansant, son orchestration colorée, ses idées secondaires, une légère, l’autre rustique avec bourdon paysan, lui confèrent un air de fête sans nuages.

© François Filiatrault 2023